Elle offre un visage radieux sur la scène. La lumière tombe sur elle et l'enveloppe, s'imprègne de sa douceur et s'élance sur sa voix profonde pour se poser, enfin, au creux de l'âme des spectateurs. C'est un instant unique, qui se figera dans l'esprit d'Hélène, comme une source de joie tranquille au sein de laquelle puiser lors d'instants de vie plus sombres.
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Elle se glisse contre lui en silence sous les draps, se niche contre sa chaleur et s'endort, un bras enroulé autour de lui et le souffle paisible.
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Elle essaie d'occulter la lumière qui coule, ce grand aveuglement des sens tant l'intensité de l'émerveillement est fort. Il serait plus facile de rester la porte fermée, de décider de rester prostrée sur une existence simple et dénudée de sens. Vivre, réellement, intensément, c'est difficile.
* * *
Sophie se sent légère comme une bulle qui s'élèverait dans les airs. Bras repliés autour de ses genoux, elle admire le vent sur l'herbe verte encore mouillée alors que le soleil sort timidement de derrière les nuages. Ses poumons enflent d'une paisible tranquillité, son visage se tourne vers l'avant, les yeux ouverts et heureux. Comme la fin d'un orage, une page est tournée et elle avancera, certainement. Mais pour l'instant, l'immobilité de ce paysage lui suffit tandis qu'en elle un chant rayonne.
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Fathia pouffe sous la table. Autour d'elle les plis de tissus ondulent jusqu'au sol, c'est à peine si elle devine les ombres courant à pas de loup autour de la pièce. A côté, les adultes dansent, chantent, se perdent dans un brouhaha de fête. Il ne faut surtout pas se faire prendre. Elle se roule en boule, immobile, ses cheveux frisés tapissent le sol alors que ses yeux tentent de deviner l'extérieur par la fente entre le tissus et le parquet. C'est une partie de cache-cache. Celui qui s'y colle arrive enfin vers elle et soulève la nappe, le cri rieur et les mots triomphants : A ton tour!
Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.
Les mots s’abattent sur Rosalie en une avalanche brutale. Il n'y a pas d'issue possible, pas d'alternative. Elle laisse les cris fondre sur elle, le son siffle l’air, franchit l’espace à en égratigner sa peau et ronger sa confiance en elle. La voix qui la domine résonne rageusement, chaque virgule creuse un bleu sur son âme et chaque point défonce l'espoir.
Rosalie ne sait pas : la douceur d’une respiration entre un chant amoureux, le ronronnement des câlins doux maternels, le réconfort d’un rire chaleureux.
Son âme se blottit en elle, Rosalie aimerait se réfugier dans le noir, trouver l’oubli d’un coin de la cuisine, se réfugier sous la table, dresser des murs entre la voix et elle, interposer des objets faute de distance.
Lorsque la voix enfin se tait, les mots restent.
Rosalie connaît les tempêtes d’adjectifs, l’amertume des adverbes, la grêle martelant ses tympans de doubles négations, Rosalie maîtrise la grammaire de la haine, l’orthographe de ce qu'elle ne sera jamais assez et de ce qu’elle est trop, l’envie d’être sourde. Sa vie est une succession d’acouphènes, elle ne sait si elle craint le tonnerre des orages violents ou le silence de l’après, celui des pièces vides et de son cœur au sein duquel résonne l’écho d’un cri, grandissant, à s’en déchirer les cordes vocales.
Rosalie ne connaît pas le son de sa voix, l’idée de mots dont elle serait la propriétaire lui échappe, la notion de valeur, de respect, de dignité, n’existe pas. Rosalie ne possède qu’une maigre partie du dictionnaire, celui qu’on a bien voulu lui transmettre, Rosalie rêve d’être muette pour ne jamais, jamais parler ainsi à ses enfants.
Petit à petit un jour peut-être, Rosalie trouvera les pages oubliées, les mots effacés qui retrouveront goût et substance. Elle ne sera ni trop ni pas assez et ses lèvres apprendront le sourire radieux des lettres amoureuses et aimantes. Petit à petit un jour peut-être, Rosalie quittera le monde de l’enfance et fermera ses portes sur les blessures violentes qui l’auront pourtant forgées.
Cette journée est passée si vite, Sophie regarde par-dessus son épaule sans comprendre. Ce matin elle cirait ses chaussures blanches avec application, dans la joie et l'angoisse des moments à venir. Et ce soir, elle arrache les épingles de son chignon avec frénésie, n'ayant d'autre hâte que de trouver un sommeil réparateur. On l'avait prévenue... Le jour de son mariage, tout le monde en profite. La mariée, elle, doit attendre d'avoir les photos de l'événement pour comprendre ce qu'il s'est passé.
* * *
Ce soudain silence dans sa vie la déconcerte. L'apaisement attendu se refuse à elle, les sens en alerte elle ne comprend pas. Elle se souvient de la cohue, du bruit, de l'énervement agacé qui devenait le sien, et pourtant aujourd'hui elle sombre dans le vertige assourdissant de l'inexistant. Il n'y a plus de cris, de portes qui claquent, plus de disputes, ce néant la glace elle ne parvient à s'y faire. Doucement, elle réapprend le manque.
* * *
Qu'un homme puisse lui dire ainsi qu'il la quitte parce qu'il l'aime lui parait aussi insensé qu'incongru, qu'on l'aime certes mais qu'on la quitte non, elle ne sait si elle doit en rire ou se vexer, le prier de vider les lieux ou le supplier de rester. Elle a l'habitude de dicter ses règles. Finalement elle réalise que c'est en le laissant partir qu'elle prendra le risque qu'il revienne, mais pour cela encore lui faut-il accepter qu'il puisse finalement rester pour toujours au loin. Elle raccroche le tchat et éteint l'ordinateur, secoue sa tête, agacée et énervée, ses cheveux courts et sombres luisent sous les lumières en veille. Elle s'étire, s'enveloppe dans ses draps à en faire des nœuds et cherche en vain le sommeil.
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Trois gouttes sombres sur le tapis, un rayon de lumière et le monde qui bascule.
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Il lui semble avoir passé sa vie à l'attendre, dans des parcs, des cafés, sur le parvis de la mairie ou à la maternité. Une vie à attendre qu'il arrive, qu'il se décide, une vie devant l'horloge à expliquer ses oublis, ses distractions et ses retards, à accepter, expliquer, coercer tendrement sans surtout le cabrer. Aujourd'hui elle est fatiguée. A force elle réalise qu'elle n'attend plus. Elle ne guette plus les pas, elle n'oriente plus ses choix en fonction de lui, elle se sent libre et seule et c'est plus simple ainsi. Il lui faudra sans doute plusieurs jours avant de réaliser qu'elle n'est plus là, que ses placards sont vides, qu'elle est partie.
* * *
Lui n'avait jamais imaginé qu'elle puisse partir. Elle avait été un point d'ancrage dans sa vie, quelque chose qui ne changeait jamais, avec sa douceur rassurante et son don pour évacuer les tracasseries quotidienne de son horizon. A force il ne la voyait plus, elle était devenue une ombre évidente qui lui permettait d'avancer dans sa vie et sa carrière, de prendre cet élan tel un goulu vers le succès, l'argent, les autres femmes. Lorsqu'il est arrivé chez lui il n'a pas réalisé tout de suite ce vide qu'elle y avait laissé. Jusqu'à l'heure du diner bien sûr, pour lequel il du se contenter des deux yaourts perdus au milieu du frigidaire.
Ces paragraphes sont issus de ma contrainte quotidienne sur le blog du Convoi des Glossolales. Je vous invite à y découvrir de talentueux auteurs.
A la lumière de l'ombre
J'ouvre les yeux sur le monde
Etonnée,
Emerveillée.
A l'ombre de la lumière,
Eblouie,
J'oublie les heures
Sombres
Les jours sans contraste
Les expositions longues
Dans son cœur s’égrainent des notes sombres et lentes cherchant la lumière. Elle s'inquiète de leur résonance faisant jusqu'à vibrer son âme, et du silence ensuite conduisant jusqu'aux larmes. Dans ses yeux, des gouttes de pluies et l'espoir d'un vent soudain, qui grâce à ses bourrasques ramènerait le calme. Dans ses mains le vide des armes, de l'attente et du rien.
Du haut de son mur, elle balance les jambes et pose son souffle dans l'horizon. Le soleil est avalé peu à peu tandis que le ciel s'empourpre, des cris joyeux s'envolent à travers les jardins jusqu'au creux de son oreille. Elle est assise, elle regarde une orange à la bouche, ses pieds martèlent le ciment en un rythme paisible.
* * *
Francis a besoin d'être dans un silence de mots. Il faudrait qu'ils cessent d'exister, de tourner dans sa tête, de se heurter aux murs de ses contraintes et de sa fuite en avant... Francis aimerait goûter au luxe du rien, que son esprit se vide et devienne ignorant des autres, du monde, de ce brouhaha persistant qui envahit jusqu'à ses rêves. Seulement voilà , tuer les mots, c'est impossible... Alors Francis écrit. Il tire chaque lettre et phrase hors de lui, patiemment vaillamment, Francis écrit des romans en fleuve d'encre et ainsi petit à petit le calme peut revenir. C'est un équilibre précaire, chaque jour doit comporter une phase d'écriture par laquelle le bruit s'installe sur ses pages et permet au vent du rien de jouer contre les parois de son cerveau.
* * *
Les mots se refusent à elle. Le sens des choses, ce qu'elle aimerait dire. À la place, d'autres mots, ceux des autres, se suivent en un chemin sur lequel le elle avance à contre cœur. Un jour, elle aura la courage de briser son silence, de lever les pieds de ces marques imposées pour enfin être. Elle-même, enfin.
* * *
Every day, there are choices waiting to be made. Words unsung, things unseen. Every night, gosts walk John’s mind and threaten his blind oblivion of paths untaken.
John used to walk at night, John used to think and wonder. What if he decided to fill the holes and stop the wind knocking down his home’s wall? What if he never turned back, what if home never existed?
What if light truly was? It can’t be.
John has a very white skin, straight raven hair and grey eyes like a sombre day at sea. He was always tall and angular, with arms and legs he could never really seem to control. Often, John wonders, what he’d been named a Jack, would things have been different?
John used to walk and be scared. He was afraid of secrets coveted by his muted heart; he was terrified of his wants and needs which weren’t fulfilled, and soon within his soul, this expanding growth of devouring darkness. John was held back by responsibilities and choices he thought were his own; most of all, the child within him was persuaded that never would he be worth of anything but sadness and deceit. Why would he be loved, why would people believe in him? He never did. His walk went in circles and as many as his decision there may have been, no matter what variations were his own, nor how spent his soles were, John always arrived to where he came from.
What if angels walked the day? On the same path, but never at the same time? How to meet one then?
Back full circle, back to square one. Back to trying to forget hoping for things unknown.
Things can’t change, you know? What’s the point. If humanity was in a ship flying one earth to another, it would be the same stories, the shape of things to come would repeat itself: everything has happened before and will happen again, end of line, jump and start again.
Home resonated of unshead tears, of harsh words that they eventually stopped screaming at each other, after a while. Because, after a while, what was the use, why hope for anything other than what was?
Why walk ? Better yet to stand still. After all, John wasn’t alone. By his side, someone walked the same path of unhappy bitterness and resignation.
It’s just one drink. One glass to drows my thoughts and stop my dreams. Every day and for a while now, John has stopped walking at night. He's stood still, waiting for his life to unravel. After he’d stopped walking, he’d started to watch his life. Eyes wide open and teeth clenched.
One drink used to be enough, then his evenings grew shorter, his life emptier but his glasses fuller. One night after another, a simple walk from the couch to his bed, his mind numb to nightmares that could be, to the difficulties of the every days he refused to face.
Things could have gone from bad to worse, from lies to deceit to a different kind of light.
Tonight, things are different. Tonight, like yesternight and perhaps tomorrow, John is watching cranes. Cranes are grounded, they can never go anywhere. They shape the things to come while remaining immune to the wind of change. Tonight, perhaps, John has met an angel. He doesn’t know, yet, what choices will be his own. “Choice” is a word again, life is exciting and hopeful. He may stand still for a while, or it would seem so because some steps are so small they may seem inexistent. But, he knows. But, for once, his eyes are closed towards the light growing within his soul.
This text was written listening to Cults' Walking the Night and Daft Punk's End of Line. After the lovely Crane pictures, you'll find the Lyrics to the Cults' song which inspiredthe character of John. :-)
When I walk at night I can’t help but I know its right
When I walk alone I’m hoping for things unknown
When I'm on my own I try to get as far from home
When I wanna be, there's no bright light surrounding me
When I walk at night I can’t help but I know it’s right
When I walk alone I’m hoping for things unknown
When I clear your side, I'm searching for some surprise
When I'm by your side I can’t forget all our ties
When I’m on my own I try to get as far from home
When I wanna be, there's no bright light surrounding me
You keep on tryin’ to make believe
That no one knows of your lies and your deceit
There's no use in me tryin’ to be the things
I wanted and that's right for me
There's no point playing hard to get
I figured I'll just sit on your swing
It's easy singing everyday until I walk at night
La dernière fois que Gabrielle avait touché à ce document, c’était un jeudi 13, déjà il faisait doux pour la saison alors qu’octobre l’insolent contredisait les dictons.
Le soleil s’immisçait par la vitre jusqu’à la somnolence, la bourse continuait à chuter dans le stress quasi résigné des salles de marché. Le téléphone avait arrêté de sonner. Gabrielle se souvient qu’elle avait ressortit un petit T-Shirt d’été et qu’elle regrettait presque ses nu-pieds. La France s’accrochait encore à son triple A et elle avait du mal à s’intéresser aux chuchotements feutrés des couloirs en attente d’un meilleur taux, d’un climat économique plus clément, de prévisions d’éclaircies.
Gabrielle, elle, sentait la chaleur du dehors réchauffer ses mains et chatouiller son inspiration.
Gabrielle, elle, rêvait tant d’être ailleurs qu’elle n’avait cure des convenances. Elle était inoccupée, désœuvrée, payée à faire joli derrière un bureau. Elle avait sortit sa clé USB et avait travaillé.
Pour elle.
Son univers s’était ouvert et le reste s’était tu, se transformant en grisaille aussi inconséquente qu’invisible. Sur ses oreilles, du PJ Harvey ou du Chopin, elle ne sait plus, à moins que cela n’ait été du U2 (il y a toujours du U2 dans son iPod et il n’y a jamais assez de rock français car elle n’y connaît rien).
Les lignes étaient là depuis si longtemps, elle ne savait qui de son impatience ou de sa fierté gagnait, impatience d’aligner des mots depuis si longtemps, si lentement et de façon aussi sporadique ; fierté du résultat, une fierté au bord de la nausée, à force lire et relire, de déstructurer pour mieux retricoter elle ne supportait plus sa propre prose, elle rejetait la tristesse qu’elle avait effacé de son âme au fil de l’encre coulée. Derrière ce livre il y en a un autre plus gai, plus percutant. Derrière ce livre des étages de chapitres et des gens qui existent déjà, une histoire pétillante de gammes et d’entrechats.
Mais d’abords, avant, il y a celui-ci.
Gabrielle doit apprendre à finir.
Elle avait bien avancé ce jeudi13 alors que la France était paralysée et que son patron était enfermé dans son bureau. Les mots d’alors lui échappent, mais elle voit encore la longueur des phrases sur l’écran.
Ce furent les dernières. Gabrielle ne sait pas, ne comprend pas, toutes ces années aux carnets rempli
d’une écriture fine et serrée, ces instants incessants où des mots ont structurés des phrases formant des textes et des histoires entières dans sa tête, chaque moment vécu lui fut inscrit sur une portion à vif de son âme et il n’y eu guère que le sommeil et l’orgasme pour lui offrir la paix.
Trois mois plus tard, Gabrielle est chez elle et regarde la date. Trois mois sans écrire (trois mois sans écrire rien qui vaille), quatre-vingt douze jours à fuir le temps et les jours, à suivre le cours de sa vie en fermant les yeux, sans regarder sa montre, à attendre, immobile, que le temps passe. Trois mois à être un fantôme qui marche, jusqu’au réveil, rien n'a changé et pourtant elle s’assoit, se pose, sa fuite s'immobilise et ses doigts s'agitent.
Rien n’a changé, mais pourtant, ce soir, Gabrielle écrit.
Dans les vestiges de l'ombre, une étincelle s'agite. Franck est sur le toit, encore. Assis sur la crête, il observe la ville, une bière entre les doigts. Bientôt, l'aurore donnera naissance au jour, au songe d'un lendemain. En attendant il reste, sur le toit, dans le vent un peu froid qui balaye ses mèches claires. Dans l'entre-deux de promesses non tenues qui lui permettent de continuer, d'attendre, d'espérer.
Derrière lui, il ne sait plus et devant lui n’existe pas encore. Son immobilité ne pourra durer, il faudra décider, avancer, être. Ses yeux noirs scrutent sans savoir que chercher, il est calme, à force d’attendre il a failli oublier. Aujourd’hui il attend que son attente cesse, c’est une redondance dont le manège s’est mis en branle, doucement, de façon presque imperceptible. Ce fut un soupir puis une brise, et peut-être grandira-t-elle en ouragan.
Il n’est pas temps, pas tout de suite. La lumière se lève enfin, un premier rayon s’aventure sur sa peau. Il va redescendre, dormir un peu avant de se perdre dans la routine qui l’a si bien endormi jusque là .
Mais demain peut-être, ou le mois prochain, pas tout de suite mais bientôt, il saura là où la route doit le mener.